Sur les terres d’Usha Bora

Un anniversaire très spécial

Sur les terres d’Usha Bora

Il y a deux ans exactement, Jamini ouvrait les portes de sa première boutique rue du Château d’Eau et donnait à cette enclave branchée du 10ème arrondissement, déjà sensible aux saveurs et aux couleurs de l’Inde, une passerelle vers son artisanat et son art de vivre. Pour fêter cet anniversaire, Usha Bora, la créatrice de la marque a décidé de faire découvrir à deux blogueuses, accompagnées d’un binôme de directrices artistiques, les lieux et les rencontres humaines qui font battre son cœur et nourrissent son imaginaire ou ses créations. Embarquement pour Delhi et la région de l’Assam, à l’extrême est de l’Inde, au cœur des inspirations de Jamini.

L’équipée, exclusivement féminine, réunit donc Usha, Ophélie, créatrice du blog Ophélie’s Kitchen Book, qui y transmet sa passion de la cuisine et son sens de la convivialité, Amélia, une autre blogueuse, co-fondatrice de Nymphea’s Factory, dédié à l’art de vivre plutôt bohème, la directrice artistique en charge du site internet de Jamini, Alexandra Perrin et Sophie Denux, photographe et auteur des clichés illustrant cette échappée, collaboratrice de Toc Toc Toc Magazine. Les 5 drôles de dames ont commencé leur périple par une escale à Delhi, ville chère à la créatrice, où elle a étudié et où réside encore une partie de sa famille. C’est là, dans les ruelles fourmillant de saris colorés et de bicyclettes affairées de cette grande cité, dans les parcs des flâneries poétiques, au contact des pierres de monuments millénaires, que Usha Bora trouve, au sens propre comme au figuré, la matière première de ses créations.

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Première immersion et une grande inspiration : Shahpur Jat. Littéralement, « la ville royale des Jats » où prospéraient il y a plus de 900 ans de cela les fermiers Dagar, est devenue un quartier branché, pris d’assaut par les créateurs de bijoux et de mode. Qui n’ont toutefois rien enlevé à l’authenticité de ces lieux, où l’on continue de croiser brodeurs et teinturiers, formant un tableau bigarré où la couleur est reine. Après ce bain des plus effervescents, la joyeuse équipe est allée se ressourcer en visitant le tombeau de l’empereur moghol Humayun, la plus ancienne tombe-jardin du sous-continent indien qui a inspiré une longue tradition architecturale, qui culminera avec la construction du Taj Mahal. Ce tombeau est un des monuments qu’affectionne particulièrement la créatrice, car il ravive à la vitesse d’une Madeleine de Proust trempé dans un tchai, ses souvenirs d’enfant, la maison de famille se situant non loin de là. Autre lieu de retraite qu’Usha souhaitait faire découvrir aux parisiennes en voyage, le Lodi Garden, un havre de paix dans lequel elle aime marcher ou courir et laisser son esprit divaguer librement, puisant dans cette esthétique végétale et architecturale sans âge les prémices de ses futures créations.

Nouveau bain de foule pour l’équipe aux abords de Jama Masjid, l’imposante mosquée de grès rouge de Delhi. Direction le marché des grossistes, grande foire à pompons, dentelles, boutons en tous genres, pochettes à bijoux et papiers artisanaux où Usha vient souvent chiner les accessoires qui finissent si délicatement ses produits, dotés d’un raffinement exotique. On y trouve aussi les meilleures échoppes et étales pour manger sur le pouce, qui ouvrent même les appétits les plus modestes. Puis, retour dans le quartier du tombeau de Humayun, où la tante de Usha, justement, a ouvert sa maison et sa cuisine à l’équipe pour un cours de cuisine vegan, soldé par un repas gastronomique, qui a laissé le palais des baroudeuses en émoi.

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Sur cette dernière saveur, qui n’en manque pas, la Jamini team quitte Delhi et met le cap, sur l’Assam, la région dont Usha Bora est originaire. Après avoir fait le plein des déambulations citadines, abreuvant l’œil de sophistications décoratives, le corps trépidant au rythme d’un grand bouillonnement humain, c’est le plongeon en pleine nature. Dans la puissance et la majesté de Kaziranga, l’un des plus beaux parcs de l’Inde, où Usha a usé ses sandales d’écolières à crapahuter. Terre sacrée de son enfance, aujourd’hui classée Héritage Mondial par l’Unesco et dont le gardien n’était autre que le grand-père de la créatrice. Dans cette forêt, on croise encore le très rare rhinocéros à une corne ou des tigres vivant en bonne entente avec des éléphants sauvages. L’Assamaise en a fait un de ses lieux de ressourcement, qui hante constamment son esprit, irriguant son travail, puisqu’elle a inspiré sa collection « Evergreen Forest ».

L’équipe a pu faire l’expérience d’un dialogue devenu rare avec la nature et les créatures plus rares encore qui peuplent ce poumon végétal. Approchant un toucan de très près, voisin de longue date qu’Usha apercevait enfant quand son regard flânait au-delà de la véranda de la maison familiale. Ou devant rebrousser chemin devant les défenses très dissuasives d’un jeune éléphant mâle qui n’entendait pas laisser la jeep des Françaises progresser librement à travers ses bois. Les jeunes femmes sont aussi allées à la rencontre de la douceur et l’hospitalité assamaises, le chauffeur de leur expédition proposant de clore le safari par un Indian tea time au domicile familial, régalant chacune des invitées des pâtisseries maternelles. Sur le chemin du retour vers Guwahati, la capitale de la région, Usha a pris le temps d’un détour vers les rives du Brahmapoutre, le deuxième plus grand fleuve de l’Inde, qu’elle voulait absolument leur faire découvrir. Monstre déchaîné pendant la mousson, qui emporte fréquemment les habitations juchées sur ses berges, il est le cœur battant d’une très grande partie de l’activité économique de l’Assam. Il permet d’irriguer les terres de milliers d’agriculteurs tirant leurs revenus de la culture du riz, donnant à la terre une fertilité qui rend possible aussi celle du thé. Et bien sûr, le Brahmapoutre est un bassin de pêche important. Usha et ses invitées ont pu naviguer sur les eaux, assagies ce jour-là, du grand serpentant qui berce l’âme et le cœur de tous les Assamais.

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Dernière étape du voyage à Guwahati, avant de rentrer sur Delhi. Le lieu de naissance supposé du dieu Kama, divinité hindoue du désir, est l’occasion pour les Françaises de découvrir la fabrique de papier paternelle, située à quelques encablures de là. Le père d’Usha Bora, conscient de la menace qui pèse sur les trésors naturels de sa région, a eu l’idée d’utiliser les excréments de rhinocéros et d’éléphants comme matière première, afin de préserver les arbres qui peuplent les terres sur lesquelles ces animaux vivent. Comme la créatrice a à cœur de faire perdurer des traditions artisanales et toute une micro-économie, réservée aux Assamaises, qui continuent de tisser manuellement la soie naturelle ou le coton. Ces matériaux qui servent à la confection des étoffes et étoles Jamini. Une fois achevée la visite des ateliers, nos deux blogueuses, notre photographe et notre directrice artistique ont rejoint Delhi, le cœur un peu leste de devoir quitter tant de beautés et de générosités, ainsi que l’âme assamaise dont Usha Bora tente, à travers ses créations, de transmettre un peu de la délicatesse.

(Crédits photos : Sophie Denux)

17/03/2016
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