Karishma, une artiste aux doigts de fée

Entrez dans la magie de nos vitrines de Noël !

Karishma, une artiste aux doigts de fée

Nous sommes ravies de vous présenter Karishma, une artiste accomplie et grande amie d’Usha, qui vient tout juste de concevoir les nouvelles vitrines de nos deux boutiques du 9ème et du 10ème arrondissement.

Usha a rencontré Juan, le mari de Karishma, sur le vol Bombay – Delhi en Inde il y a 5 ans. Les deux familles se rencontrent et deviennent rapidement amis, passant plusieurs saisons à vadrouiller ensemble à la découverte de nouveaux pays. Née au Maroc mais ayant des racines en Inde, au Ghana, à Londres et à Madrid, Karishma est une artiste qui a largement voyagé et qui partage notre amour pour les techniques ancestrales et pour les belles histoires pleines de sens.

Aujourd'hui, nous sommes fières de vous présenter nos nouvelles vitrines, pensées spécialement pour ces fêtes de fin d’année, par cette artiste multi facettes. Venez vite les découvrir dans nos deux boutiques. Nous espérons que sa magie vous enchantera !

Karishma-portrait

© Eric Mangin

1. Vous avez quitté l’Espagne pour venir emménager à Paris. Comment vous sentez-vous ?

Il y a quelques années, j'ai eu l’occasion de séjourner à Paris pour un stage en design chez Kenzo à la Place des Victoires. Ce fut pendant un automne assez rude… J’adorais marcher le long de ces avenues, découvrir ces monuments historiques, aller et venir dans les musées. Je suis littéralement tombée amoureuse de cette ville. Je me suis promise secrètement qu'un jour, quand je serais plus grande, je vivrais à Paris en tant qu’artiste et je suis ici, une fois de plus amoureuse de cette ville, comme par magie.

Cela dit, Madrid me manque, avec sa vie urbaine chaleureuse et trépidante, mais j’ai la chance d’y retourner assez souvent.

2. Parlez-nous de vos derniers projets passionnants sur lesquels vous avez travaillé.

C’était quand j'étudiais l’illustration, explorant différentes techniques, que je commençais à me fasciner pour le découpage de papier. Un jour, j'ai ouvert un carnet de croquis, et sans vraiment réfléchir, j’ai coupé une petite fenêtre sur la couverture et dessiné un rideau sur la page suivante. Je n’ai pas cessé de découper et de dessiner, ce fut comme si j’étais entrée dans mon propre petit théâtre, surprise par les personnages qui commençaient à apparaître. Ce carnet à croquis est devenu To Night and Back // Mece la noche - mon premier livre de théâtre en papier qui raconte l'histoire d'un voyage imaginaire vers la terre de mes ancêtres.

To Night and Back

© Kenza Benamour

Grâce à quelques amis très chers et à une campagne de financement participatif réussie, j’ai pu le publier sous le nom de mon école, La Escuela de Papel. Cette école est un projet dont je suis vraiment fière. Elle me donne l’opportunité d’explorer toujours plus l’univers des marionnettes, du collage et du théâtre en papier. C’est une école itinérante, ce qui me permet de l’emmener avec moi lors de mes voyages. Je donnais par exemple des ateliers à l’Institut Français de Madrid, dans mon ancienne école et dans une école de musique située dans l'ancienne médina de Casablanca, et dans les librairies ici et là. Mais par dessus tout, j'aime regarder les enfants avec lesquels je travaille et qui redécouvrent leur besoin de raconter des histoires en faisant des choses avec leurs mains.

   Escuela de papel

© Eric Mangin

3. Vous partagez avec Jamini l’amour des techniques anciennes pour créer de belles œuvres personnelles qui racontent des histoires. Comment vous appropriez-vous ces histoires ?

Mon imagerie visuelle est constamment bombardée par des références culturelles différentes. Je peux être tout aussi inspirée par une boîte d’allumettes en provenance d'Afrique du Sud qu’une peinture miniature d’Iran. Dans mon travail, j'utilise les détails minutieux des peintures miniatures dans des formats de bande dessinée. J'utilise le kalamkari (un art pictural traditionnel de l’Iran mais aussi de l’Andhra Pradesh, de Telangana et du Gujarat dans l’Inde) dans les théâtres de papier qui proviennent du 19ème siècle en Europe. J'ai illustré L'Enfant de l’éléphant de Rudyard Kipling sur une kavaad traditionnelle en 3D, une boîte en bois utilisée en Rajasthan depuis 500 ans, que portaient les troubadours de villages en villages pour conter leurs histoires. J’y puise mon inspiration pour ensuite l'utiliser pour mettre en valeur quelque chose d'unique liée à ma propre expérience de vie.

Pour l'instant, j'ai choisi de raconter des histoires à travers la fabrication de livres et le découpage de papier. Un jour, j’aimerai le faire en faisant d'énormes sculptures en papier. La technique peut changer, mais pour moi, la narration sera toujours présente... c’est ce qui me permet de donner un sens aux choses.

Kavaad

© Rubén Vicente

4. Nous sommes extrêmement ravies de votre installation dans nos vitrines. Comment reflète-t-elle votre propre parcours artistique ?

Je rêvais de réaliser des vitrines depuis quelques années maintenant et je suis tellement heureuse d’avoir réalisé mon tout premier avec Jamini. Durant la création du concept, j’ai pu me reconnecter avec des images venant de vieux livres d'histoires à propos de cirques et de caravanes. L'installation en elle-même raconte le voyage d'une troupe d’animaux venant de l'Est. C’est un mélange d’une scène de la Nativité et le voyage de trois rois, avec des touches de motifs dorés de l'art tribal des Gonds (tribu du Nord et du Centre de l’Inde) et des silhouettes inspirées par Lotte Reiniger. Je mixe habituellement différentes choses ensemble et me laisse surprendre par le résultat !

5. Comment vous sentez-vous lorsque vous voyagez en Inde, un pays qui fait partie de l'histoire de votre famille, mais dans lequel vous n’avez jamais vécu ?

C’est assez fantastique d'avoir un chez-soi dans tant d'endroits différents, bien que ce soit un peu déroutant à la fois. Ayant grandi dans une maison indienne anglophone de Casablanca, avec une mère d'Accra et d'un père de Mumbai, il y avait toutes sortes d'histoires fascinantes.

A l’heure du coucher, il y avait des histoires avec des symboles Adinkra, des djinns de chameaux à pieds et de dieux éléphants. Il y avait des histoires que je me racontais pour expliquer les rituels que je ne comprenais pas toujours, et des histoires faites à partir de fragments d'anecdotes de mes grands-parents concernant leur exil et de leur vie dans le Sind avant la partition au Pakistan. Au début de mon adolescence, je commençai à réaliser que par la création d'images, je pouvais donner un sens à ce grand beau désordre d'histoires.

C’est à cette période que nous avons commencé à voyager en Inde plus régulièrement. « Retour à notre terre natale », comme dirait mon grand-père, m'a permis de me reconnecter avec toute la richesse de ces traditions tant visuelles que culturelles que je n’ai seulement connu qu’à travers des histoires quand j’étais enfant.

Portrait 2

© Grassa Toro

6. Quels sont vos pièces préférées Jamini?

J'adore me blottir dans mon canapé sous ma couette imprimée bleu Amit avec une tasse de thé chaud et un bon livre ou un film en soirée. En ce moment, ce sont les coussins Aastha et Anisha qui me font de l’oeil, ainsi que les charpoys, et bien sûr tous les cache-pots. J'ai une nouvelle maison à décorer donc ma liste est sans fin.

7. Vous avez tant de projets passionnants en cours. Pourriez-vous nous donner une idée de ce qui va suivre...

Au cours des cinq dernières années, je travaille sur un roman graphique pour les enfants au sujet de ma Nani. C’est ma version personnelle de notre histoire familiale condensée en 112 pages d'anecdotes amusantes, de transformations fantastiques (où ma Nani se transforme en une déesse à plusieurs bras avec des pouvoirs magiques), des souvenirs et des recettes. Pour le faire, j'ai interviewé des membres de la famille, rassemblé des photographies et des lettres, écrit et dessiné. L'année dernière, je me suis offerte une résidence artistique où je fis une immense carte de tout le matériel que j'avais recueilli et commencé à dessiner l'œuvre finale. Cela m'a permis d'entrer vraiment dans l'histoire. Le livre sera publié par Ediciones Ekaré en Espagne et en Amérique du Sud en 2017.

Je travaille également sur une gamme spéciale de boîtes à histoires en papier découpé qui seront commercialisées dans mes boutiques préférées cet hiver (Jamini étant en haut de ma liste, bien sûr !).

Nani 1

Nani 2

Nani 3

© Grassa Toro

28/11/2016
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